Un master à l’étranger ?

Le 17 septembre 2009, par Jeff,

Récemment, les L3 de St Etienne me posaient des questions sur la possibilité de faire une partie de leurs études (un master) ailleurs qu’en France ; comme j’ai commencé à rassembler quelques informations sur la question, autant en faire profiter tout le monde. Comme d’habitude, je parle essentiellement pour des géologues.

Pour quoi faire ?

En France, il n’y a pas énormément de boulot pour des géologues "purs". Il y a du boulot en environnement ou en géotechnique, mais pas des tonnes en géologie (à part la poignée de postes académiques, et Areva...). Il va donc falloir choisir entre un travail de géologue, et un travail en France... De ce point de vuie, avoir fait un master ailleurs permet de se rendre compte de à quoi ça ressemble ! Au pire, si on ne passe pas de temps à l’étranger quand on est jeune, quand le fera-t-on ?

D’autre part, la plupart des employeurs au monde aiment bien les master, c’est un bon niveau pour être embauché (bon, pas par des Français, d’accord ... encore que, le BRGM et Areva embauchent des docteurs et des masters) ; et la différence M2 recherche / M2 pro n’existe pas vraiment ailleurs : un master, c’est un diplôme de formation par la recherche, mais pas forcément à la recherche. Un master est un master, un point c’est tout.

Et du boulot pour des géologues, à l’échelle mondiale, ça ne manque pas. Exploration, mines, réhabilitation ... Les grands pays miniers en ce moment sont (outre les USA qui sont gros pour tout !) les pays "commonwealth" : Canada, Afrique du Sud, Australie ; probablement aussi le Brésil et l’Amérique latine mais c’est un monde que je connais moins. En plus, les compagnies originaires de tout ces pays ont en général des filliales et des projets partout au monde : Afrique, Asie du Sud-Est... Dans le cas de l’Afrique, un géologue bilingue Français-Anglais peut intéresser pas mal d’employeurs.

Sans parler du domaine du pétrole, que je connais mal ; sa géographie est un peu différente mais les généralités restent valables.

Un master, c’est quoi ?

Ca dépend des pays  ! En France, c’est les 4e et 5e années (M1 et M2), avec typiquement un M1 composé de 3/4 de cours et 1/4 de projet de recherche et un M2 qui est plus moitié/moitié (avec un projet dont la nature, recherche ou "pro" [1], dépend du type de M2). En théorie, M1 et M2 fonctionnent ensemble comme une unité. En pratique, M1 et M2 restent très largement séparés, rares sont les endroits qui traitent le M comme une seule entité ; on a un M1 qui reste proche de l’ancienne maitrise, dernière année de second cycle, et un M2 qui est le DEA, première année de 3e cycle (on dirait "postgraduate" en Anglais).

Dans l’hémisphère Sud (RSA, Australie, sans doute Nouvelle-Zélande) un master [2] c’est deux ans (parfois trois si ça ne se passe pas aussi bien que prévu) de projet de recherche, sans cours (ou très peu), en 5e et 6e année. A priori, vous pouvez donc y accéder à partir d’un M1, je pense que la plupart des universités accepteront votre M1 comme équivalent de leur 4e année ("BSc Honours"). De toutes façons comme c’est un projet de recherche pur, ça se gère essentiellement avec le superviseur potentiel (voir plus bas). Par contre, vous avez un problème de timing : l’année scolaire va de Février à Novembre dans le Sud ! Là encore, il s’agit d’un pur projet de recherche, donc c’est pas si grave.

En Amérique du Nord, un master se fait aussi après un BSc, donc à partir de la 5e année. Les gens qui connaissent pourront me corriger ; je crois que en général, il y a une partie de cours (souvent des séminaires, des choses comme ça en fait) et une partie de projet de recherche, et ça dure en principe 2 ans mais fréquemment 3. Là aussi, je pense que les universités accepteront le M1 comme équivalent du BSc.

Il y a pas mal de trucs intéressants à lire ici , pour des descriptions pays par pays.

Combien ça coûte, combien on gagne ?

Là, on frôle la schizophrénie. D’une part les universités considèrent les masters comme des étudiants, qui donc payent des droits d’inscription — ils sont assez élevés en pays anglophones ; à Stellenbosch, je crois que ça doit être 10 à 20 000 rands par an (1000 à 2000 euros), en Amérique du Nord sans doute deux ou trois fois plus ; et souvent, les étudiants étrangers payent des frais internationaux en plus (à Stellenbosch, quelque milliers de rands par an, mais si je me souviens bien au Canada c’est plutôt des milliers de dollars !).

D’autre part, et en particulier en géologie où il faut arriver à attirer les étudiants pour éviter qu’ils ne fuient tous vers l’industrie, la plupart des superviseurs payent une bourse de master à leurs étudiants. Le montant peut varier d’un endroit à l’autre et d’une personne à l’autre. A Stellenbosch il me semble qu’on paye 50 000 par an (5000 euros) plus les frais d’inscription mentionnés plus haut — du moins maintenant et dans mon département, parce qu’il y a des exemples de personnes payées 30 000 avec l’inscription à leur charge, ailleurs dans la fac. Au Canada, j’ai un ordre de grandeur de 10 - 15 000 $/an en tête, plus l’inscription, mais je peux me tromper. Selon les cas et vos capacités de persuasion, vous pouvez même arriver à vous faire rembourser votre billet d’avion (les 500 ou 1000 euros du billet, de toutes façons, au point où on en est c’est de la menue monnaie comparé au 20 ou 30 000 que va coûter l’étudiant !). Bref, renseignez vous, éventuellement essayez de négocier un peu, avec raison ; et pensez à ce que vous êtes prêts à accepter (ou pas) au point de vue financier.

Enfin, il y a souvent moyen sur place de compléter un peu son salaire en travaillant comme "TA" (teacher assistant) ou "demie" (demonstrator), c’est à dire en faisant les TP d’un prof (votre encadrant souvent). Ca ne vous fera jamais des fortunes mais ça peut mettre du beurre dans les épinards (ou payer quelques bières), et ça vous fait une expérience pas inintéressante, surtout si vous envisagez une carrière académique.

Le point de vue du superviseur

Dans les pays anglophones, la recherche est financée de façon "globale" par projets : en simplifiant pas mal, un prof demande et reçoit un budget global pour son projet, et il décide comment il le répartit entre bourses pour les étudiants, frais de fonctionnement, voyages, etc.

Vous voyez que un étudiant en master coûte assez cher à un superviseur : facilement 10 000 euros par an (et des fois bien plus pour des étudiants étrangers, ce qui rend hésitant à prendre des étrangers, justement). C’est un gros investissement qui représente une part appréciable des crédits de recherche d’un individu, sans parler du temps qu’il va falloir y consacrer, donc on ne prend pas un étudiant en M sans réfléchir un peu...

Mais d’autre part, il est généralement considéré qu’avoir des étudiants, c’est important : ça permet d’avancer un peu en recherche, d’avoir des gens avec qui discuter et interagir, c’est bon pour l’ego... Donc, la plupart des gens sont prêts à faire des efforts. En géologie en plus, il est difficile de garder des étudiants : ces temps-ci, l’industrie embauche pas mal de monde et la plupart des étudiants, on les comprend, préfèrent en fin de 4e année partir travailler dans l’industrie et toucher un vrai salaire. Donc, quand on a quelqu’un de motivé, prêt à venir travailler avec nous en dépit des conditions financières assez minables qu’on peut lui offrir, ben .. on le laisse pas échapper !

Comment on trouve ça ?

De façon générale, un master c’est construit autour d’un projet de recherche. Donc on le trouve en trouvant un "supervisor", qui propose un projet : il faut trouver quelqu’un qui (1) a des sous, (2) est prêt à les dépenser pour vous, c’est à dire pour payer votre bourse et les frais du projet (analyses, terrain...). Pour ça, il n’y a pas de miracle : il faut contacter les gens et leur poser la question.

Souvent, les gens qui ont envie de proposer un projet de master l’indiquent sur leur page web ("students interested in doing a post-grad project with me are welcome to contact me"). Des fois il y a des petites annonces un peu plus formelles, par exemple sur Earthworks  ; mais c’est assez rare pour des masters, c’est plus commun pour des PhD ou des post-docs. Somme toutes, le plus simple est sans doute de contacter directement les personnes, et de leur demander si ce serait possible, si elles auraient un projet pour vous et accepteraient un étudiant.

Il ne faut pas avoir peur de le faire : nous recevons tous des demandes de ce genre, peut être pas tout les jours mais en tout cas tous les mois. On accepte, ou on refuse : ça dépend si on a le temps, les sous, si le candidat semble intéressant ou pas... Par contre, à vous de faire votre part du travail : avant d’envoyer une lettre, documentez-vous un minimum sur ce que fait la personne en question, regardez son site web, faites vous une idée de son type de recherche, et dans votre mail, mettez en relief les éléments qui montrent que vous êtes au courant et qui vous rendent intéressants pour votre superviseur potentiel ("cher prof Machin, je vois que vous travaillez sur la tectonique de telle région, justement j’ai fait un stage de carto de deux mois l’été passé pour le BRGM dans une région dont les structures sont assez analogues, je serais très interessé pour faire un master avec vous, auriez-vous des projets disponibles ?").

Pas la peine d’envoyer un CV détaillé à ce stade, c’est juste une prise de contact ; après, on vous dira oui, ou on vous dira non (ou on ne vous répondra pas, ce que je trouve assez malpoli, mais ça m’arrive quand je reçois des candidatures vraiment trop fantaisistes du genre des gens qui veulent faire du pétrole ou de la géophysique, et qui manifestement n’ont même pas pris le temps de se demander sur quoi je travaille !). Si la personne au bout du mail est intéressée, elle vous demandera un CV à ce moment-là. Mais attendez vous à avoir 10 ou 15 "désolé, mais non" (ou pas de réponse du tout) pour 3 ou 4 "ah, oui faut voir", et peut être un seul "Super, bonne idée !". Qui d’ailleurs ne se concrétisera pas forcément au bout du compte.

Pour trouver des noms et des contacts, google est votre ami ("MSc opportunity petrology Canada" par exemple...). Sinon, le mieux est peut être le réseau de connaissances : allez voir vos profs et demandez leurs les adresses de leurs collègues ailleurs dans le monde. Si ils sont sympas et qu’ils ont le temps, ils iront jusqu’à envoyer un mail eux-mêmes ("Cher John, j’ai un étudiant de 3e année qui serait interessé pour faire un master à l’étranger, tu aurais pas quelque chose en stock ? Tu me parlais l’autre jour de ton projet sur Machin-Chouette, je crois que ça lui irait très bien. PS- As tu eu le temps de relire le papier que je t’ai envoyé il y a 5 mois ?").

Et si on vise moins haut ?

Par exemple, juste un stage d’été, ou bien un projet co-encadré...

Il est plus difficile de donner des généralités. Pas mal de gens seront prêts à accueillir un stagiaire pour 3 ou 4 mois ; mais il faut bien voir qu’un superviseur s’investira moins (en temps et en argent !) dans un projet de ce genre, qui ne lui rapportera pas grand chose en termes de résultats. Donc attendez vous à faire des manips répétitives, à ne pas tellement voir votre encadrant nominal (vous serez sans doute plus en contact avec un thésard ou un étudiant en master, et votre travail s’intégrera dans son projet). Vous ne serez sans doute pas payé, ou pas des masses (vous n’êtes pas obligé d’accepter si les conditions ne vous plaisent pas, ceci dit !), encore que la plupart des gens que je connais auront à coeur de vous aider, dans la mesure du possible, en payant par exemple vos frais d’inscription, ou votre chambre. Enfin, si ils peuvent le faire, financièrement et administrativement.

Pour trouver ce genre de choses, pareil : il faut contacter les gens et leur poser directement la question. Plus encore que pour un master peut-être, le bouche à oreille et les relations de vos profs seront le moyen le plus efficace.

Un projet de master multi-national, ou co-encadré (par exemple avec une inscription dans un M2 en France et du terrain ailleurs) n’est pas impossible, mais c’est difficle à mettre en place concrètement. Il y a d’abord des problèmes de timing : sur les 6 mois d’un projet de recherche de M2, il n’y a pas trop la place d’un voyage à l’étranger. Il faudrait faire ça l’été entre M1 et M2, ce qui implique de s’être mis d’accord dès le début du M1 avec votre encadrant, en particulier de l’avoir convaincu de votre bonne foi et de votre motivation, parce que mon p’tit gars, si tu crois que je vais te payer des vacances en Afrique du Sud pour que ensuite tu partes faire ton DEA ailleurs...

Je pense que très peu de chercheurs Français, chroniquement désargentés et typiquement un peu frileux, seront prêts à tenter ce genre de manip [3].

L’autre option serait celle d’un M1/M2 français, coencadré de façon officielle par des chercheurs étrangers. Je ne sais pas trop ce qui est possible de ce point de vue, en particulier au plan administratif ; pas mal de facs Françaises ont des services internationaux qui font beaucoup de pub et pas mal de vent, il faudrait aller les voir pour étudier si il y a moyen de faire un montage. Ca, ce seraitune bonne solution parce que il y a souvent pas mal d’argent pour ces histoires de relations internationales. Je sais que certains masters Français (le M2 de géologie de Clermont par exemple) ont des relations officielles avec d’autres universités (ce master est jumelé avec deux facs aux Etats-Unis, de sorte qu’il est théoriquement possible de faire un master mixte avec des cours en France et des cours aux US. Aucune idée de comment ça se passe en pratique).

En l’absence d’accord-cadre de ce style, c’est faisable mais ça devient délicat à monter : il faut mettre d’accord 4 ou 5 partenaires, typiquement un prof Français, un prof étranger, les services internationaux des deux universités et la scolarité des deux universités aussi, pour les transferts de crédits (ECTS) et ce genre de choses. C’est faisable mais pas facile ; à mon avis il faut commencer par le projet scientifique, c’est à dire trouver deux chercheurs qui ont envie de faire ça : ils s’arrangeront ensuite avec leurs administrations respectives. Gros boulot de paperasserie en perspective quand même...

Et la langue ?

C’est sûr, si vous voulez étudier ou travailler en pays anglophone, il va falloir parler Anglais ... Et il n’y a guère d’autres façons de le faire, que de passer du temps et s’immerger. En fait, il faut amorcer la pompe : pas facile de trouver un master si on ne parle pas Anglais. Une fois que vous aurez commencé, pas de soucis : si vous faites état d’un master ou même d’un stage long dans une université anglophone, ce sera une preuve suffisante pour n’importe qui que vous parlez un Anglais "fonctionnel" à défaut d’être linguistiquement parfait [4]. Mais avant, il vous faudra démontrer que vous avez un niveau d’Anglais suffisant ; pour ça, quelque chose comme un TOEFL est bien utile, parce que tout le monde sait ce que ça veut dire ! Certaines universités le réclameront d’ailleurs, avant d’accepter d’inscrire des étudiants internationaux.

Au delà du tampon sur le papier, c’est aussi à vous de pratiquer. Parler anglais n’est pas forcément simple en France, faute de combattants [5] ; par contre il est facile de lire (des livres, des journaux, internet), de participer à des forums de discussion ou des mailing-lists en Anglais (sur le thème que vous voulez, peu importe que ce soit la dentelle au crochet ou World of Warcraft, le but est de communiquer en Anglais !), voire d’écouter la télé ou des films (youtube est votre ami...), etc. Ca ne remplacera jamais une communication orale, mais c’est toujours ça de pris.

EDIT 24.09.09

Un dernier conseil...

Avant de commencer à contacter des gens, faites vous une faveur et ouvrez vous une adresse email qui ait l’air sérieuse ; pas du genre "p_tite_puce@hotmail" ou "fanfan69@yahoo". D’abord c’est pas facile à mémoriser pour le destinataire ("le mail de Jean Dupont, c’est quoi déjà ? Ah oui, c’est _jano_d_42_"). Ensuite ça fait un peu ado attardé, et ce n’est pas l’image que vous souhaitez donner de vous ! Enfin, les FAI comme yahoo ou hotmail étant des nids à spam notoire, à supposer que votre adresse "surnom@hotmail" ne soit pas mangée par l’antispam de la fac, votre destinataire a toutes les chances de "filtrer" votre mail et de ne pas le lire.

Donc, soyez bêtement conventionnels et ouvrez vous une adresses chez un FAI réputé "sérieux" (j’aime bien gmail, qui en plus a un excellent webmail qui vous permettra de lire votre courrier même depuis le plus obscur des cybercafés d’une ville de province indonésienne, mais c’est vous qui voyez), avec une adresse explicite du genre "jean.dupont@gmail" ou "jdupont@gmail".

Post-Scriptum :

Bon, j’ai écrit des choses très orientées Commeonweath Austral et géologie. Si des gens veulent compléter en parlant d’autre pays ou d’autres matièrs, à vous de commenter. Maintenant que j’ai attiré plein de gens avec mon troll billet précédent, il devrait y avoir du monde dans le secteur ! Je sais que vous êtes là, pas la peine de vous cacher...

Notes :

[1] Comme si faire de la recherche n’était pas un métier...

[2] Enfin, un MSc. Il existe d’autres formes, mais pas très répandues en géologie

[3] Message à caractère privé : oui, si j’arrive à avoir les finances, je suis prêt à mettre en place ce genre de projet ; les étudiants qui seraient interessés par une combinaison M1/M2 avec du terrain et/ou du labo en Afrique du sud entre M1 et M2 sont invités à me contacter pour qu’on voit ce qui est réalisable. Pas sérieux s’abstenir, je vous préviens je suis un patron dangereux : regardez le reste de ce site ! :-)

[4] Ce qui est l’objectif, bien sûr : on se moque de la correction linguistique et grammaticale tant qu’on se comprend. De toutes façons l’Anglais du foreur Philippin ou du cuisinier Nigérian, il ne sera pas tellement meilleur que le votre...

[5] Quoi que. Cherchez dans votre ville le pub où on diffuse les matchs du Tri-nation ou du Tournoi, et vous trouverez les anglophones...

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Commentaires de l'article

 
Aisling
Le 17 septembre 2009
Dans les conseils pratiques, je rajouterai : attention aux Dates Limites de soumission de dossier ! Personellement, je me suis avisee que ce serai interessant de faire un master debut fevrier de ma derniere annee d’undergrad - il s’est avere que toutes les DL etaient deja passees d’au moins 15 jours au Canada/US. Au final, j’ai fait des dossiers de DEA puisqu’en France les DLs sont en Juin... Il faut donc s’y prendre bien a l’avance pour avoir un dossier pret debut Janvier qui implique d’avoir globalement cerne un domaine d’interet et un minimum de notions sur les problematiques de recherche du domaine.
 
Jeff
Le 17 septembre 2009
Même pour un master recherche ? A Stellenbosch, ça se fait purement par accord mutuel entre supervisor et étudiant, donc pas de vrai problème de dates, l’administration nous fiche la paix (sur ce point...).
 
Aisling
Le 17 septembre 2009
Ben, comme vous disiez, a part en France, il n’y a pas de distinction entre master "pro" et master "recherche" - du moins en sciences. A ma connaissance, il faut etre officielement etudiant de la "grad school", pour etre encadre dans un projet de recherche donnant lieu a un credit accademique quelconque, donc oui, il faut se preoccuper des DL... Et en plus, la plupart des universites nord-americaines demandent les scores au GRE, donc il faut aussi prevoir de preparer ce test (en plus du TOEFL) et de le passer a temps pour avoir les resultats dans le dossier. Donc en gros, il faut s’y mettre des maintenant pour la rentree prochaine.
 
Jeff
Le 17 septembre 2009
Ben, ils sont moins casse-pieds à Stellenbosch...
 
mixlamalice
Le 17 septembre 2009

Je confirme, mon pote qui a fait un master au MIT a commencé à préparer son dossier à un moment où je ne me posais même pas encore la question de savoir dans quel DEA j’allais atterir.

Sinon, dans mon département "Polymer et Material Science" aux US(assez particulier puisqu’il n’y a pas d’enseignement undergraduate), le master constitue en fait le début de la thèse, donc c’est le PI qui prend les frais universitaires en charge. Pendant 1 an, c’est 50-50 cours et lab work, puis après c’est full-time lab une fois qu’ils ont eu tous les credits nécessaires. Il y en a probablement un par an qui arrête au bout de deux ans ou approchant et qui part avec un MSc en poche, mais la plupart va jusqu’à la fin de la thèse. Bref, c’est un peu comme si les mecs commençaient leur thèse à la fin de la licence (ou plutôt de la maîtrise puisque leur undergrad prend généralement 4 ans - même si c’est si j’ai bien compris une histoire de credits et donc tu peux torcher ça très vite si tu es très smart et si tu as pas besoin de bosser part-time - ce qui est assez rare ici, presque tous les étudiants bossent, normal vu le prix des études).

 
Jeff
Le 18 septembre 2009

Ok pour les deadlines, good point (pas que j’ai mis en doute les infos de Aisling d’ailleurs, mais j’étais pas au courant de ce problème).

Ton histoire de master/thèse me rappelle quelque chose : comme tu le dis j’ai le vague souvenir que à certains endroits d’Amérique du Nord, Master et thèse c’est en fait la même chose, si tu arrêtes en 2 ans tu as un M et si tu continues tu as un D. Tu confirmes ?

Sinon à Stellenbosch, ce qu’on fait assez souvent, et dans la même idée, c’est "upgrader" un M : si vers la fin de la première année ou le début de la deuxième on s’aperçoit que les choses se passent très bien, on peut faire une demande pour que l’inscription en M soit changée en une inscription en D, et on continue donc sur un D ... du coup on n’a jamais de master (je n’ose imaginer le bazar si on veut ensuite postuler sur un concours en France genre Agreg, pour lequel un niveau M est nécessaire...). C’est pratique, mais à mon avis ça impose de faire un post doc après (de toutes façons ....), parce que en compressant M et D de cette façon on a des docteurs qui manquent quand même un peu d’expérience, par rapport à la filière M+D "habituelle". Enfin, tant qu’à acquérir de l’expérience, autant le faire avec un salaire de postdoc plutôt que de thésard...

 
Aisling
Le 18 septembre 2009
Je ne connais pas tres bien les combos master/PhD mais a priori c’est un peu a double tranchant : d’un cote, pas besoin de refaire tout un dossier pour continuer en these apres le master, mais si jamais ca ne passe pas bien avec l’encadrant, ca peut vite devenir galere vu qu’il me semble que c’est globalement lui [elle] qui decide si le travail de recherche est suffisament avance pour meriter un master ou une these. En clair, pas impossible apres 4/5 ans de voir proposer de partir avec un master... Ouille !!
 
mixlamalice
Le 18 septembre 2009

"comme tu le dis j’ai le vague souvenir que à certains endroits d’Amérique du Nord, Master et thèse c’est en fait la même chose, si tu arrêtes en 2 ans tu as un M et si tu continues tu as un D. Tu confirmes ?"

Oui, c’est comme ça que ça se passe dans mon département, mais de ce que j’ai compris c’est plutôt une rareté que la norme (certains étudiants arrivent d’ailleurs déjà avec un master, surtout les étrangers, même si la plupart arrive avec un BSc). Du coup le M+D dure environ 5-6 ans, et c’est pas si différent de chez nous, sauf qu’ils passent plutôt plus de temps dans le labo, et surtout dans le même labo. Mais c’est finalement un peu cliché de dire que "le PhD américain est bien plus long".

A priori, quand ils sont engagés, ils le sont tous pour une thèse à la base (le département est assez réputé et élitiste). Ceux qui s’arrêtent au Master c’est plus le bruit de la manipe qu’autre chose.

"mais si jamais ca ne passe pas bien avec l’encadrant, ca peut vite devenir galere vu qu’il me semble que c’est globalement lui [elle] qui decide si le travail de recherche est suffisament avance pour meriter un master ou une these. En clair, pas impossible apres 4/5 ans de voir proposer de partir avec un master... Ouille"

Toujours dans mon département, je ne l’ai jamais vu. Si le mec a réussi ses cumulative exams (ce qui peut prendre entre 1 an et presque 2) et qu’il veut vraiment se barrer, ils ne le font pas chier plus que ça (pour les un ou deux exemples que j’ai vus). Même si effectivement ça doit du coup coûter cher au PI (vu que les étudiants sont moins guidés d’une part et à mi-temps dans le labo pendant plus d’un an d’autre part, il y en a peu qui sortent quelque chose d’intéressant les 2-3 premières années... cela dit la plupart des PI sont un peu des vendeurs de bagnole donc ils arrivent souvent à tirer quelque chose de pas grand chose). Quand ça se passe mal avec le PI, j’ai plutôt vu un changement de PI au bout de deux ans... tu n’as pas à recommencer les cours et les exams, par contre la recherche repart de 0 (ouille aussi).

 
Jeff
Le 18 septembre 2009
En Amérique du Nord, je sais pas, mais en Afrique du Sud on n’a pas intérêt à avoir des masters qui durent trop : ça compte en "négatif" dans nos évaluations annuelles. Donc, on a plutôt tendance à pousser les étudiants à finir en deux ans. Et si on décide de "upgrader", c’est en fin de 1ere ou début de 2e année de M, et c’est "either/or", si on est inscrit en D on n’est plus inscrit en M. Je serais interessé d’avoir des détails sur le fonctionnement Etazunien.
 
Jeff
Le 18 septembre 2009
Pardon, j’avais pas lu le message de Mix avant de répondre...
 
Aisling
Le 18 septembre 2009

Mais c’est finalement un peu cliché de dire que "le PhD américain est bien plus long".

D’apres ce que j’en sais, le PhD americain est reellement plus long qu’une these francaise, et egalement tres different. Il me semble qu’un troisieme cycle typique ("grad school") se deroule de la maniere suivante (Mix nous dira si les choses sont differentes dans son universite) :
- Le Master dure generalement deux ans (vs. 1 an pour un DEA/Master 2) mais globalement, le fonctionnement est similaire : des cours et un projet de recherche rapporte dans un memoire.
- Le PhD dure generalement 5 ans (vs. 3 ans pour une these), avec un fonctionnement tres different de la these francaise. Pour commencer, les deux premieres annees sont consacrees a un certain nombre de cours (au moins autant qu’en Master, et il faut qu’ils soient differents) et a la mise au point du projet de recherche. Pour comparer, en France les ecoles doctorales ont des exigences tres limitees en termes de cours (dans la mienne, c’etait un cours scientifique sur un sujet autre que la these et un cours d’anglais pour "apprendre a presenter ses travaux en conference" - niveau 6eme, pour adopter le ton caustique de Jeff). Et, c’est la que se fait la vraie difference a mon sens, le doctorant n’a pas besoin de chercher son sujet de recherche qui a deja ete globalement defini par le directeur de these. Donc en gros, le doctorant francais economise deux ans de cours et de recherche de sujet de these par rapport au PhD candidate americain/canadien. Mais pour arriver tout a fait au meme stade que le doctorant francais en debut de these, le PhD candidate doit encore passer les fameux "quals" (en plus d’avoir valide ses cours, naturellement) et defendre son projet de recherche devant son jury de these. Apres ca, chacun travaille sur son projet de recherche, redige un memoire et le defend devant son jury. En France, la constitution du jury ne se fait qu’a la fin de la these (milieu de 3eme annee), meme s’il est souvent constitue de chercheurs du domaine avec lesquels le doctorant a ete en contact pendant son travail. Le phD candidate, lui, aura eu une serie de reunions avec son jury pour presenter la progression du travail, et finalement valider l’ensemble du travail de recherche effectue. Suite a ca, il doit encore proposer un plan pour le memoire, qui ne couvre pas necessairement l’ensemble du travail de recherche. Apres accord du jury, le PhD candidate est "ABD" - All But Dissertation- et n’a "plus" qu’a rediger le memoire et le soutenir. Pour le doctorant, le memoire porte sur l’ensemble du travail de these et est valide avant la soutenance par les rapporteur du jury.

Donc au final, on a un troisieme cycle typique de 4 ans en France vs. 7 ans en Amerique du nord, je pense que ce n’est pas un cliche de dire que c’est plus long ! Et la difference majeure repose sur le fait que le PhD a fait un travail considerable de definition et de delimitation de son sujet de recherche. A chaque etape de la these, il a du d’abord definir un projet de travail (recherche, redaction,...) puis le mettre en oeuvre. C’est une competance importante qu’on a pas vraiment en sortant de these en France. Mais bon, on se rattrape apres (on essaye). Tout bien considere, je trouve qu’on s’en sort plutot bien avec le parcours francais qui fait eviter la course d’obstacles avec les cours, les quals, etc. dont j’ai eu peu (hum, pas...) d’echos positifs, et fait vraiment gagner du temps.

 
mixlamalice
Le 18 septembre 2009

Je crois que mon premier message est pas passé, tant mieux je vais essayer de développer un peu plus.

Alors, après le lycée, les "undergrad studies" aux US durent en moyenne 4 ans (je dis en moyenne parce que ça correspond à une somme de crédits à obtenir et c’est plus flexible qu’en France : on peut obtenir un crédit en un an, puis 4 en six mois, selon le temps qu’on peut consacrer aux études et combien on peut se permettre de douiller - bref, certains qui ont pas à bosser ou qui sont des bourreaux de travail peuvent faire ça en 3 ans, d’autres peuvent mettre 6, mais disons que c’est prévu pour 4). Au bout de ces quatre années on a un BSc (considéré comme équivalent L3 mais en fait plus comme un M1).

Après ces 4 années, on peut obtenir un MSc prévu généralement en 18 mois (là aussi, c’est assez flexible, mon pote qui est allé au MIT a taffé comme un ane et l’a eu en 14, d’autres peuvent mettre 2 ans).

Mais pour entrer en grad school, la plupart des départements ne demandent que le BSc parce que la grad school offre un programme MSc : id est, le PhD est en fait un ensemble MSc-thèse. Qui fonctionne en général sur 5 ans (disons 1 an cours-lab 50-50, 1 an lab et exams, puis 3 ans temps plein lab). Il y a des stars qui ont leur PhD en 4 ans, je connais des mecs qui sont sur le leur depuis 10 ans, mais dans le département et en moyenne, c’est 5 ans. Certes, on peut arriver avec déjà un MSc en poche mais ce n’est pas obligatoire et ça n’empêche pas de devoir se retaper le programme MSc de la grad school. Et d’après des stats que j’avais lu sur le blog de FSP, les étudiants qui arrivent déjà avec un MSc (et qui en refont un donc), n’obtiennent pas leur diplôme plus vite que ceux qui arrivent avec le BSc.

Donc pour conclure :
- le BSc dure 4 ans - égal M1
- le MSc-PhD dure 5 ans - contre 4 et des brouettes en France pour le M2(exDEA)-thèse (pas mal de thésards rallongent un bout de 4ème année dans mon domaine) Soit 9 ans contre 8, pour la norme. Donc non c’est pas beaucoup plus long.

Alors oui, il y a des gars qui font 4 ans + 2 pour le MSc + 5 pour leur grad school mais les deux au milieu sont en quelque sorte "facultatives". Un peu comme moi qui ait fait prépa-école d’ingé (5 ans) puis DEA (1 an) puis thèse (3 ans), et qui ait techniquement perdu un an dans l’affaire.

(ce que je raconte ici n’est pas propre à mon département : pour prendre l’exemple du CV de mon boss, BSC 1996, PhD 2000 - sous-entendu, MSc du programme PhD quelque part en 1997 ou 98 - idem pour les autres faculty du labo ou d’ailleurs).

 
mixlamalice
Le 18 septembre 2009

"Et, c’est la que se fait la vraie difference a mon sens, le doctorant n’a pas besoin de chercher son sujet de recherche qui a deja ete globalement defini par le directeur de these."

Ca c’est exact. Le système ricain est plus basé sur le "sink or swim" : en gros, laisser les étudiants se démerder. Il y a je crois trois raisons : la volonté de discriminer les meilleures c’est plus ricain que français. 2, l’idée c’est de former des "managers" ou chefs de groupe, car la transition est immédiate entre chercheur à la paillasse (thèse et post-doc) et chef d’équipe (assistant professor), donc il faut apprendre à avoir ses propres idées, et à les suivre etc. Et 3, quand on a 15 étudiants, c’est plus facile de prendre le risque d’en laisser couler 3 que quand on en a que 3 (comme en France). Le système a selon moi des avantages et des inconveniuents mais ce n’est pas le sujet ici...

 
Jeff
Le 20 septembre 2009

A bcp de points de vue, j’ai l’impression que le système Commonwelath est un peu intermédiaire entre le système US "pur" et le fonctionnement Europe continentale.

Sur le "swim or sink" par exemple, les étudiants SudAfs sont sans doute moins encadrés que les Français, mais en revanche, dans une évaluation de performance des profs la réussite ou l’échec des étudiants est prise en compte : on ne peut donc pas, en tant que profs, se permettre d’en laisser couler trop, ça finirait par nous porter tort (c’est aussi un trait important du système commonwealth, je crois : on n’a que très peu de justifications a priori de ce qu’on fait, que ce soit pour prendre des étudiants ou demander des sous, mais par contre on doit justifier de nos résultats après).

 

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24 septembre 2009
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